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Togo : 113 Prisonniers politiques… Finalement un État goulag ?

Au Togo, les arrestations politiques sont monnaie courante. Nombreux sont ceux qui sont détenus dans les geôles togolaises pour avoir exprimé leurs opinions. La dernière en date est celle de Jean-Paul Omolou. Une arrestation de plus qui renvoie une mauvaise image de plus en plus écornée du Togo en matière de restriction de liberté individuelle et collective.

Cas Oumolou…

C’est le sujet qui retient l’attention de tous depuis quelques jours. Pour sa farouche opposition au régime cinquantenaire du Togo, Jean-Paul Omolou devrait le payer. De passage à Lomé, ce dernier est arrêté, de façon rocambolesque, par la soldatesque de Faure Gnassingbé. Plusieurs jours après son arrestation, la justice togolaise, après auditions, lui colle les habituels chefs d’accusation d’appel au peuple et à l’armée à l’insurrection, diffusion de fausses nouvelles, apologie du crime et outrage à l’autorité. Pour toutes ces charges, le Juge d’instruction ordonne un mandat de dépôt contre l’ancien leader estudiantin qui a déjà connu, il faut le rappeler, la prison au temps de Gnassingbé Eyadema.

Cette arrestation, comme pour tout combattant de la liberté et d’alternance politique au Togo, n’est pas du goût de la Dynamique Monseigneur Kpodzro (Dmk). Brigitte Kafui Adjamagbo et ses camardes de lutte, dans un communiqué, protestent vivement , avec la dernière rigueur, contre cette méthode d’intimidation et de musèlement de l’opposition et de ses acteurs. En effet, c’est un secret de polichinelle que depuis la présidentielle de Février 2020, la Dmk dont Omolou est un membre influent conteste la régularité des résultats et réclame toujours, près de deux ans après, la victoire  de son candidat Gabriel Messan Agbéyomé. Et dans ses multiples actions pour contraindre le régime de Faure à concéder sa «défaite», l’ancien Premier ministre a procédé à la nomination d’un gouvernement en exil et des ambassadeurs dont Oumolou en est un.  C’est cela la ligne rouge qu’il ne fallait surtout pas franchir, aux yeux du pouvoir de Lomé qui, visiblement, veut lui faire payer son outrecuidance.

Triste renommée

Si l’on peut admettre que par ses nombreuses sorties sur les réseaux sociaux, Jean-Paul Oumolou a eu à titiller sérieusement le régime, il n’en demeure pas moins vrai que son arrestation pose problème. Ceci, en ce sens qu’elle vient s’ajouter à une ribambelle de détenus politiques et d’opinions qui inondent les prisons du Togo. Une récente liste réactualisée de l’association togolaise pour la libération des détenus politiques estime à 113, ces hommes et femmes privés de leur liberté et dont le crime est de ne pas partager la ligne politique du régime en place.

Visiblement, le pouvoir de Lomé ne résiste plus devant rien pour s’adjuger la triste renommée d’Etat policier où fait la loi, la bâillonnette. Une situation bien inquiétante pour un État qui se veut moderne comme celui du Togo, mais qui, dans les faits, s’apparente plutôt à un camp de concentration ou de redressement de tout esprit critique qui n’admet pas que le Togo soit gouverné par copains et copines et qui se la coulent douce, pendant que la majorité sombre dans le désespoir et la misère. Une évidence bien perceptible au pays de Sylvanus Olympio où la culture de la médiocrité prime sur l’excellence. Ceci, par la force du favoritisme et du clientélisme sans une réelle épée de Damoclès qui devrait planer sur les délinquants économiques qui continuent de courir la rue. Ceci à la faveur de leur promixité avec  des pontes du pouvoir. Par contre, c’est sur une presse critique ou encore les opposants qui réclament que la bonne gouvernance et la redistribution équitable des ressources du pays soient la marque de fabrique du Togo que se verse la bile de la justice qui, d’ailleurs se fourvoie d’elle-même par son caractère corruptible comme l’a révélé le Président de la Cour suprême, appuyé par le ministre de la Justice qui mettent un terme aux vilaines pratiques d’ordonnances de déguerpissement et cessation des travaux sans aucune démarche préalable.

Un État goulag?

Après les cas Djimon Oré et Aziz Goma, l’irlando-togolais dont le bilan médical (voir FACS similis) est très engagé à ce jour, c’est le tour d’un Togolais suisse de faire les frais de la fermeture du régime togolais qui agit finalement comme un État goulag. On se souvient de l’arrestation musclée, en pleine rue de Lomé, en novembre 2020, de Brigitte Kafui Adjamagbo et son camarade Gérard Djossou, sur leur chemin de retour d’une séance de travail avec le Groupe des 5. Une réunion qui a porté sur la crise politique togolaise née du dernier scrutin présidentiel. On comprend, dès lors, à la lumière de ce qui précède, qu’au Togo, s’opposer idéologiquement au régime s’avère un crime de lèse majesté. Le principe de contradiction perd ainsi et lamentablement du terrain au point où tous s’accordent sur le Grand retour du parti État.

En clair, la lueur d’espoir envoyée aux togolais en 2005 par sa fameuse phrase «lui c’est lui, moi c’est moi» n’est donc que du leurre à la fin. Plus que jamais, le Togo a régressé dans nombre de domaines, surtout sur le plan démocratique où l’arrestation des opposants au régime, l’alignement des hommes d’affaires et le musellement de la presse et autres exactions sont pignon sur rue. Et ces récentes alliances avec des pays à mauvaise renommée sur le plan démocratique comme la Turquie, en sont des illustrations parfaites. Comme pour dire, nous y sommes par la force, gouvernons par la terreur et sommes parti pour rester timonier. Advienne que pourra. Bien dommage.

FRATERNITE