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Togo : Pays du diversif

Elles sont deux à être érigées actuellement à Lomé. Notamment sur le campus universitaire de Lomé. La troisième est en plein chantier sur le boulevard du mono, à hauteur du Grand marché de Lomé qu’elle relie à la plage. Les passerelles, ces passages aériens semblent être la nouvelle trouvaille du régime de Lomé qui, visiblement, laisse la proie pour l’ombre.

La nouvelle curiosité

Un tour, soit à l’Université de Lomé, soit à la plage de Lomé, non loin du Warf, pour découvrir de visu, ces ouvrages. Des passerelles qui, par définition, dans le domaine de l’architecture, sont un pont ou un passage aérien, à l’usage exclusif des piétons voire des cyclistes. Ils peuvent, par exemple, relier deux bâtiments entre eux, enjamber un cours d’eau ou une voie navigable, un axe de circulation routière ou ferroviaire, etc. Dans ses diverses déclinaisons, une passerelle est parfois couverte, fermée ou vitrée sur les côtés pour abriter les usagers. A la description, cet ouvrage, qu’il soit en Occident ou en Afrique, répond au mieux aux grandes villes ou centres urbains à fort trafic. Ceci, aux fins de décongestionner et rendre fluide  la circulation.

Togo, pays du diversif 

Simple désir de faire du beau ou un véritable projet en adéquation avec les réalités du terrain, force est de constater que ces ouvrages ont curieusement bonne presse auprès des dirigeants togolais, à divers niveaux. S’il est vrai que l’initiative, par essence, participe à faire du beau, il n’en demeure pas moins vrai que dans le contexte togolais, ces ouvrages paraissent bien aléatoires. Ce, pour nombre de raisons.

De façon technique, Lomé, en matière de trafic routier, n’est pas encore une ville à embouteillages monstrueux. Encore moins à l’université de Lomé ou au Grand marché de Lomé au point où il apparaitrait urgent de débourser des millions pour la réalisation de tels ouvrages pour finalement décongestionner du vent.

Le lieu où ces ouvrages s’imposent aujourd’hui, c’est sur le tronçon Todman-Adidogomé (route Lomé-Kpalimé) où du fait de la réhabilitation de la voie avec une chaussée plus large 3×2, les difficultés de traversée pour les piétons conjuguées à l’excitation de la jouissance du nouvel ouvrage chez certains usagers, créent des accidents à récurrence. Peut être, c’est parce que certains journalistes critiques ont longuement soulevé cette nécessité, qu’on l’a saisi au bond pour la réaliser, là où curieusement, ils ne l’ont point réclamé. Décidément !

C’est à cela qu’on assiste au Togo de Faure où priorité semble être accordée au diversif au détriment de l’essentiel. Et cela repose la question de la priorisation des besoins, stratégie de gouvernance que l’on annonce pourtant d’actualité, placée au cœur de la politique gouvernementale.

En effet, ces passerelles se construisent d’un coin à l’autre, à coût de fortune sur ces voies, pendant que nombre de localités à travers le pays manquent encore d’eau potable, d’écoles, de centres de santé et d’infrastructures socio-communautaires qui sont des leviers essentiels autour desquels gravite le développement d’un pays. Mais au Togo, la réalité est tout autre où le régime togolais semble plutôt avoir un appétit vorace pour le diversif. Outre ces passerelles, c’est également avec stupéfaction que les observateurs les plus avisés ont constaté l’inopportunité du prêt présidentiel accordé, de gré ou de force, aux fonctionnaires togolais en décembre dernier par Faure Gnassingbé. Une avance sur salaire qui intervient en période de fin d’année où c’est la fête qui retient plus l’attention de la population. C’est donc à déduire que ce prêt sera englouti dans l’organisation des fêtes qui, en réalité, ne sont d’aucune plus-value pour le fonctionnaire togolais plutôt confronté à de sérieuses difficultés. Ce cadeau présidentiel qui n’en est véritablement pas un à la fin, est venu s’ajouter à d’autres prêts déjà contractés par les travailleurs togolais. Il serait plus utile s’il intervenait dans la période des vacances où c’est la croix et la bannière pour les parents de préparer la rentrée scolaire à leurs enfants.

Priorité aux priorités…

Même si c’est du beau, Lomé n’est pas encore Accra, Lagos, Dakar, Abidjan ou encore Paris. C’est en cela que l’érection tous azimuts des passerelles à Lomé constitue, en toute objectivité, autant d’investissements subsidiaires. Sinon des investissements à moindre plus-value pour la population togolaise qui côtoie la misère au quotidien. Aujourd’hui, les togolais, dans leur grande majorité, demandent plutôt une augmentation du SMIG pour permettre aux travailleurs de s’épanouir, ou encore aspirent à un système d’assurance maladie universelle qui donnera une chance de survie aux plus fragiles qui perdent la vie, même pour un bénin mal, faute de moyens pour s’offrir les moindres soins.

L’urgent n’est pas de construire des passerelles à tout va pour faire du beau. L’urgent, c’est de faire utile en dotant le pays d’écoles de qualité, de résoudre la sempiternelle inadéquation formation -emploi, une politique éducative inappropriée qui fait malheureusement déverser sur le marché de l’emploi, chaque année, des milliers de diplômés sans emplois. Donc des chômeurs. L’urgent c’est de créer des centres de formations qui formatent des citoyens utiles et pratiques. L’urgence c’est de mener une lutte fratricide contre la corruption et la délinquance économique, des phénomènes qui dépouillent et appauvrissent le pays au détriment d’une minorité, comme le reconnaît Faure Gnassingbé, lui-même. Une lutte efficace contre la corruption et la gabegie assainirait mieux l’économie du pays. Autrement, c’est préférer le diversif à l’essentiel.

FRATERNITE