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Togo/ Suspension des quatre médias dont FRATERNITÉ L’ONU accule Faure

Dans une correspondance, en date du 19 mars 2021, la Rapporteuse Spéciale sur la promotion et la protection du droit à la liberté d’opinion et d’expression de l’ONU veut voir clair dans la mésaventure réservée  ces derniers mois à quatre journaux critiques au Togo. Dans sa correspondance, Irene Khan demande, en substance aux autorités togolaises d’assurer la protection des responsables des journaux L’Alternative, Liberté, Fraternité et L’Indépendant Express. Un nouveau développement qui relance, de plus belle, le débat sur la situation de la liberté de presse au Togo.

Genève lève le ton

C’est à travers un document de douze (12) pages que l’Organisation des nations unies (ONU) a saisi le gouvernement togolais. Ce, dans le cadre de la vague de suspensions qui ont eu pour cibles, quatre journaux critiques. Il s’agit, notamment du Quotidien Liberté, du bihebdomadaire l’Alternative, et des Hebdomadaires Fraternité et Indépendant Express dont récépissé de parution lui a été définitivement retiré par la justice togolaise à ce dernier, sur demande de la Haute autorité de l’audiovisuel et de la communication (Haac).

Les préoccupations de Irene Khan

En effet, dans son courrier, la Rapporteuse Spéciale sur la promotion et la protection du droit à la liberté d’opinion et d’expression explique que sa communication fait suite à la saisine, deux mois plus tôt, du gouvernement togolais, aux fins d’avoir des explications sur les allégations ayant conduit à des sanctions contre ces quatre journaux. Ceci, indiqué t-elle, conformément à la résolution 43/3 du Conseil des droits de l’homme de l’Onu. Saisine qui est, malheureusement, restée sans suite.

Ainsi, Irene Khan, après analyse des faits allégués qui lui sont rapportés, s’inquiète de l’indépendance des institutions, notamment la Haac dont la décision, dépourvue de clarté, a-t-elle indiqué dans son document, «ne semble pas répondre aux exigences de légalité, nécessité et proportionnalité, prévues à l’article 19 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques, auquel le Togo a accédé le 30 mars 1988 ».

Ainsi, exprime-t-elle sa préoccupation au sujet de l’utilisation, à ses yeux, biaisée et à dessein des dispositions pertinentes du Code de la Presse sur la diffamation, pour le musellement de la presse critique la Rapporteuse Spéciale demande expressément au gouvernement d’annuler les décisions de suspension et de retrait de récépissé prises à l’encontre des journaux susmentionnés. Irene Khan préconise par ailleurs au gouvernement, d’agir en compensation vis-à-vis desdits journaux. Ceci, pour toute violation indue à leurs droits. Puis, de garantir la sécurité à ces derniers afin de leur permettre d’exercer leur liberté d’expression dans le cadre défini par le droit international des droits de l’homme.

L’onusienne, tout en rappelant aux autorités, leur engagement pris en 2016, en ce qui concerne les réformes, encourage à une indépendance de la Haac. Une condition, dit-elle,  indispensable pour le libre exercice de son mandat. Dans la rigueur de la loi et avec la confiance des citoyens.

Lomé…plus qu’acculé

C’est à croire, à l’analyse du nouveau développement, que le pouvoir de Lomé qui s’active pour son passage très prochain devant la Commission des droits de l’homme des nations unies, à Genève, dans le cadre de l’Examen périodique universel (Epu) a de quoi avoir une nuit blanche. Les cas des quatre journaux étant plus que jamais une arrête dans la gorge de Faure Gnassingbé et ses alliés aux commandes du régime cinquantenaire du père au fils. C’est de là que cette injonction des Nations unies sonne comme un véritable affront pour un État comme le Togo qui s’obstine à ne pas honorer ses engagements pris vis-à-vis de ses partenaires. Qui plus est des engagements les plus élémentaires pour un état dit de droit comme celui ayant trait à la liberté de presse et d’opinion. Encore que l’arsenal juridique actuel ne semble garantir le droit à la défense. D’où manifestement cette autre injection au gouvernement à donner des  dispositions pour garantir désormais les recours à ces médias.

C’est justement dans cette perspective qu’un acteur, aux heures ambiantes de ce dossier, avait proposé que les auditions à la Haac soient désormais rendues publiques. Ceci, pour garantir toute la transparence dans le fonctionnement de cette institution. Mais depuis lors, que nenni. Les lignes n’ont pas bougé. Interpellé, le ministre a juste déclaré avoir pris acte. Aujourd’hui, la relance de ce débat qui survient à la veille de la reprise de parution de l’Alternative, après quatre mois de suspension,  sonne comme une urgence. En ce sens qu’en l’état, l’épée de Damoclès plane toujours sur la tête de ces journaux critiques qui sont loin de sortie de l’auberge. Pendant longtemps que les garanties pour une meilleure expression de presse ne leur sont pas données.

FRATERNITE