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TOGO-USA: Les milliards du MCA s’éloignent

Après le « Threshold », le Togo nourrit toujours l’espoir d’une sélection pour le programme « Compact » du Millennium Challenge Account (MCA). Pour ce faire, le pays s’est engagé à maintenir le cap de ses performances en vue de conserver et consolider les acquis et valider les indicateurs encore au rouge. Mais le refus du gouvernement  togolais de s’ouvrir à des élections crédibles, éloigne le pays du pactole du MCA.

Dans notre parution numéro 338 du 04 décembre 2019, dans un article intitulé  « Ça coince pour les 275 Milliards de Francs CFA du MCC », nous indiquons qu’après avoir raté le programme compact en 2020 faute à des élections législatives jugées non consensuelles par l’organisme américain, le Togo est déjà mal parti pour espérer être éligible en 2021. Et pour cause, le pouvoir de Lomé avait opposé un refus catégorique à toutes les propositions de la classe opposante pour renforcer la crédibilité du processus électoral qui a abouti à l’élection présidentielle du 22 février 2020. « En outre, le gouvernement n’a toujours pas procédé à la révision de la loi sur les manifestations comme indiquée par les rapporteurs des Nations Unies. Pour s’y soustraire, les sécurocrates du pouvoir ont inventé des stratagèmes  qui cousus de fil blanc.

Le Togo peut dire adieu au programme compact… 

Et comme on pouvait s’y attendre, les résultats issus de ce scrutin sont vigoureusement contestés par une bonne partie de l’opposition. Face à la situation, l’Ambassade des Etas Unis au Togo avait demandé aux institutions en charge de l’organisation du scrutin de proclamer les résultats bureau de vote par bureau de vote. Pour les américains cette mesure vise à « accroître la transparence est de publier les résultats bureau de vote par bureau de vote afin d’accroître la confiance de tous en les résultats finaux ». Mais la diplomatie américaine n’a pas été attendue.

Depuis, la situation a débouché sur une crise post-électorale latente. Et pour ne rien arranger, le régime de Faure Gnassingbé comme à son habitude a décidé d’user de la manière forte pour étouffer la contestation des résultats. Après avoir violenté les partisans de l’opposition lors d’une tentative de manifestation fin février dernier, il a décidé de passer à l’étape supérieure avec la levée de l’immunité parlementaire du député Agbéyomé Kodjo arrivé deuxième de l’élection présidentielle selon les résultats de la Cour Constitutionnelle. 

Un piétinement du droit politique dont le seul objectif reste la conservation à vie du pouvoir. Une manifestation de la mauvaise volonté du gouvernement togolais à s’ouvrir à la vraie démocratie. Un comportement que le Millennium Challenge Corporation qui conduit le Millennium Challenge Account sanctionnera sans aucun doute lors de la prochaine publication de la carte des scores.

Un rapport à charge…

Aussi, le cas du Togo se complique-t-il sérieusement la tâche avec le dernier rapport  américain sur les droits humains dans le pays. Après le rapport 2017 qui a sérieusement épinglé le Togo pour sa récalcitrance dans le respect des droits de l’homme et surtout droits politiques, le rapport 2019 de 23 pages publié le 11 mars dernier sur le site du département américain aux affaires étrangères détaille les pratiques inacceptables des droits humains au Togo.

Le rapport américain a souligné le meurtre du jeune mécanicien de 12 ans Issifou Moufidou en décembre 2018 par des membres de force de sécurité. Les résultats des enquêtes interminables sur les crimes commis par les forces de l’ordre et de sécurité dont les résultats ne sont jamais communiqués. L’arrestation musclée des membres de la sécurité du président du PNP, Me Tikpi Salifou Atchadam à son domicile suivi de la confiscation de leurs téléphones portables sans autorisation légale à la recherche d’informations , fouille de la maison du président du PNP et de leur incarcération au SRI puis déferrement à la prison civile de Lomé.  La modification de la loi  sur les manifestations publiques à l’Assemblée nationale dans le but de restreindre les droits de manifestation. Malgré le rappel à l’ordre par le Rapporteur spécial des droits de l’homme à l’ONU dans sa lettre adressée aux autorités togolaises en septembre 2019, rien n’est fait pour corriger le tir. Les arrestations arbitraires, la surpopulation dans les prisons, restriction des visites aux prisonniers, la prise en charge alimentaire insuffisante, l’accès aux soins limité et la question des détenus politiques.  Les tueries, la violation de la vie privée des citoyens, le non-respect des droits de la femme, l’incapacité des autorités à poursuivre les responsables d’actes criminels, tortures, traitements inhumains et dégradants dans les locaux du SCRIC (Service Central de Renseignement et d’investigation Criminelle).

En définitive que ce soit au niveau du droit politique ou du respect des droits humains, la prochaine note du Togo sur la carte du score du MCA risque d’être faible pour ne pas dire nulle. Ce qui amenuise les chances du Togo de décrocher le programme « compact » en 202.  Par conséquent, le Togo s’éloigne de plus en plus du MCA, une manne d’environ 300 milliards bloquée à cause de l’avidité politique de Faure Gnassingbé et ses amis.  A noter que  des pays comme le Bénin ou encore le Burkina Faso ont déjà reçu deux fois le Programme Impact. Une

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