LA UNE POLITIQUE

Unir pouvait faire plus propre et plus sérieux !

Le mercredi 14 Février dernier, la veille de l’ouverture du dialogue politique actuellement en cours, a été la date choisie par l’Archevêque Émérite de Lomé, Monseigneur Philippe Fanoko Kpodzro, pour se prononcer sur l’actualité sociopolitique brûlante dans le pays. En effet, l’ancien président du presidium de la Conférence Nationale Souveraine (Cns) en 1991 a “humblement” exhorté Faure Gnassingbé à ne plus se représenter en 2020. Une sortie qui n’a visiblement pas plu au Mouvement de Soutien au Président Faure (Msf) qui, en réplique, y est malheureusement allé de la plus mauvaise des manières.

Les propos incriminés

 « En toute humilité, je réitère la demande de la réhabilitation de la Constitution de 1992 dans son intégralité, avec toutes ses implications juridiques, et des élargissements enrichissants si nécessaire. Ce qui suppose que notre Chef de l’Etat finisse complètement, convenablement et dignement son mandat actuel, et accepte de ne plus se représenter aux élections de 2020, ce qui sera tout à son plus grand honneur  ». Voilà ce qu’a déclaré, en substance, Monsieur Philippe Fanoko Kpodzro, mercredi dernier devant la presse. Tel un couperet, cette sortie inattendue a fait des émules au sein de la classe politique togolaise et dans l’opinion, tant nationale qu’internationale. Chacun y est allé de son commentaire.

Cette prise de position de l’ancien Evêque d’Atakpamé est appréciée à juste titre par ceux qui ne souhaitent plus un quatrième mandat de Faure. Par contre, elle a fait grincer les dents au sein des partisans du pouvoir de Lomé 2 où l’on voit, d’un très mauvais œil, cette sortie jugée “inappropriée” et teintée de “contre vérités”. Pour illustration, le Mouvement de soutien au président Faure (Msf), une des nombreuses associations soutenant les actions du Chef de l’Etat, a répliqué à l’Archevêque Kpodzro en lui adressant, le 17 février dernier, une lettre dite “ouverte” dans laquelle, le Prélat a été passé au vitriol, sans le moindre égard.

Quelques extraits sur le contenu de la lettre

 «… Monseigneur, de votre récit très émouvant, qui ne fait aucune allusion aux écarts de comportement dictés par l’activisme débordant qui vous  caractérise, et qui ont occasionné aussi bien l’échec de la conférence nationale que la bonne conduite de la transition. Echec dont vous portez la responsabilité personnelle et entière », écrit le Msf qui, dans son réquisitoire, se passe pour un donneur de leçon en relevant les “incohérences” dans la restitution des travaux de la conférence nationale et de la transition faite par Mgr Kpodzro.

 «… alors que le prélat béninois, le regretté et très respecté Monseigneur Isidore De Souza qui dirigeait les travaux au Bénin, berceau de la conférence nationale, avait intelligemment choisi d’empêcher le procès de Mathieu Kérékou que l’on  accusait pourtant d’avoir tué ses compatriotes par centaines et de les avoir torturé par milliers, sous sa féroce dictature militaire, Monseigneur Kpodzro qui a pourtant été accompagné et conseillé par les Béninois au plus haut niveau, a encouragé le contraire au Togo. En citant d’entrée, Mirabeau : « Nous sommes réunis ici par la volonté du peuple, nous n’en sortirons que par la force de la baïonnette », poursuit la lettre.

Ce n’est pas tout.  «… vous nous faites croire que les travaux du Haut Conseil de la République étaient rigoureusement empreints de patriotisme. Quel grotesque mensonge ! Il ne nous échappe pas, que le premier Ministre de transition ayant gagné les élections au Bénin, et le schéma étant en passe de se reproduire au Togo avec le très jeune premier Ministre de transition qui avait échappé à votre contrôle, vous aviez travaillé à l’évincer en instrumentalisant la Constitution de 1992…», insinue, plus loin, le Msf dans sa lettre.

 «…. alors que vous aviez des informations confidentielles faisant état d’un présumé coup de force contre les conférenciers donc le chef de l’Etat serait le commanditaire, vous aviez subitement oublié d’en parler avec le Président qui vous recevait pourtant au téléphone comme lors des audiences, chaque fois que vous le souhaitiez. Vous aviez préféré, en activiste révolutionnaire, rendre l’information publique, provoquant de fait une panique généralisée, en plus d’accuser le Général Eyadéma d’une forfaiture dont il n’était pas forcément l’auteur. Résultat, celui-ci a mis un terme à la conférence », allègue, par ailleurs, le Mouvement de soutien au président Faure.

 « Votre fils vous ayant écouté, doit se poser la question sur votre état de santé mentale actuelle ».

 «… Monseigneur, vous éprouvez notre foi. Venir nous dire, après toutes ces années pendant lesquelles vous nous chantiez que tout ce qui arrive est voulu par Dieu, que rien ne peut sans la volonté de Dieu, que le pouvoir est d’essence divine ; que notre Dieu domine tout et contrôle tout ; venir nous révéler sans pudeur et sans scrupule aujourd’hui, qu’en dépit de toutes vos prières et de la puissance supposée de toutes vos invocations, pendant toutes ces années, nous étions sous le contrôle des démons, ne fait pas sérieux de la part d’un archevêque émérite ».

 «… nous pourrions être tentés de croire que vous étiez complice de ces pactes dont vous parlez avec tant de certitude ».

 «… nous doutons sérieusement qu’ayant la tête dans la nostalgie des années 90 et les pieds dans les réalités de 2018, vous puissiez nous être d’un grand secours ».

Un peu d’eau dans le calice !

Voilà en résumé le réquisitoire  fait contre le natif de Tomégbé par cette association qui défend ainsi les causes du parti présidentiel. Malheureusement, les premiers responsables de cette association, ont oublié que le Prélat n’a dit que “sa vérité”. Et par conséquent, ne méritait pas ce traitement moralement sans mesure. S’il est une bonne chose que le parti présidentiel ait enfin des organes qui fonctionnent c’est en effet un plateau ideal pour que l’un de ces organes réagissent, si tant est que la troupe bleue turquoise   entend protester contre cette sortie de Mgr Kpodzro.

Malheureusement, tel ne fut pas le cas. Donnant plutôt l’impression d’un parti à la Merci des associations alliées qui font à leur tête. Pourvu que les intérêts et l’image du parti présidentiel soient défendus. Et c’est déshonorant pour un parti comme Unir qui, à défaut de sévir, doit impérativement recadrer les vuvuzela commanditaires et signataires de cette lettre à la limite blasphématoire à l’encontre d’un homme de Dieu, de la trempe de Monseigneur Fanoko Kpodzro. Et ce quelque soit le recadrage qui s’impose.

Cyrille PESSEWU

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